La préparation du thé

Ereğli, Turquie, vendredi 20 septembre jour 152, 10497 km

Je pensais être à Istanbul pour cette date mais le relief de la côte en a décidé autrement. Voilà une semaine que je roule 50 km par jour dans les raidillons à 10 / 12 %, à 5 km/h et en faisant des zigzags pour atténuer la pente. Pas grave, les paysages sont chouettes, la meteo clémente et la mer est bonne en cette saison. Sauf entre Zonguldak et Ereğli, c’est une région de mines de charbon.Dans un autre article j’ai parlé de la culture du thé, là on va voir la façon de le préparer.

C’est un samovar, à chauffage au bois, on en trouve partout, ils l’emmènent aussi en pique-nique. Le principe est simple, le feu de bois chauffe le plus gros des réservoirs d’eau, tandis que le thé infuse dans la petite théière. Comme il est très concentré, on en verse un tiers que l’on complète avec l’eau bouillante en ouvrant le robinet. (J’espère que mes explications sont claires )

Dans les campagnes ils utilisent ces engins pour monter ou descendre des pentes parfois vertigineuses

Les villes de Amasra et Bartın, proche l’une de l’autre, sont agréables pour s’y promener.

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Deuxième semaine en Turquie

Je progresse lentement vers l’ouest en alternant le bord de mer et les jolies vallées indiquées sur ma carte. Après Samsun, ville la plus peuplée de la côte avec 600 000 habitants, le paysage et le climat changent ; j’entends à nouveau les cigales et je respire le parfum de pin maritime. Et surtout, gros avantage pour moi, le trafic est tombé presque à zéro, la route principale partant dans l’intérieur du pays, je roule sur la D010 en très bon état. J’ai adoré la presqu’île de Sinop, ville natale du philosophe Diogène ; en faire le tour est un régal pour les yeux. La route monte à quelques centaines de mètres au-dessus ees eaux, et ce jour là je pouvais contempler la côte de part et d’autre sous un soleil radieux. Le lendemain j’ai roulé vers Erfelek et un parc naturel au bout du lac, abritant une vingtaine de cascades à proximité du village Akören. Pour dormir j’ai trouvé refuge chez des fermiers et 2 fois dans l’annexe d’une mosquée, dont une où l’imam a téléphoné à ses nièces de Lyon pour la traduction.

Samsun

Comme partout en Turquie, la figure emblématique d’Atatürk est omniprésente, ici symbolisée à sa descente du bateau lors d’une visite de la ville il y a 100 ans.

D’un bout à l’autre de la ville, et même au au-delà, une piste cyclable en site propre, soit 20 km au total.

Paysages typiques dès qu’on s’éloigne du bord de mer.

Abana, vendredi 13 septembre, 145 jours , 10112 km.

Ça sentait bon le thé

Dimanche 1° septembre en milieu d’après-midi j’ai passé la frontière turque avec Christian, un cycliste autrichien rencontré le matin même à Batumi. On a pas roulé ensemble longtemps car lui a bifurqué de ma route 20 km après la douane pour aller vers le sud du pays. Par ici la montagne arrive presque au bord de la mer, la plupart du temps il y a juste la place pour une route à 4 voies, sauf par endroits où l’espace est plus conséquent et à permis l’ installation d’une ville ; c’est alors un ensemble de grands immeubles collés les uns aux autres sans aucune esthétique. Le soir j’ai campé dans un village de pêcheurs, à Pazar. Lundi, j’ai commencé la journée sous la pluie, pour une pause de 2 heures à Rize, peu après le départ, en attendant une éclaircie. Rize et sa voisine Çayeli , sont réputées pour leurs cultures du thé, les petites feuilles vertes arrivant par camions entiers dans les quelques usines de transformation d’où émane une agréable odeur en passant à côté. Fin de l’ étape à la tombée de la nuit à Trabzon.

Entourés en rouge, ce sont les arbustes à thé

Le lendemain c’est visite de la ville à pied, l’occasion de découvrir l’atmosphère d’une grande ville turque ; comme dans les autres cités que je verrai plus tard, les rez-de-chaussée de toutes les rues sont occupés par des commerces d’une variété infinie, et les rues encombrées de voitures et de passants. Peu de rues piétonnes, ce qui rend l’ ambiance assez cacophonique.

La statue de Souleyman le magnifique

Après Trabzon je suis allé roulé un peu en montagne, par Duzkoy et Tonya, surtout pour éviter la 4 voies du bord de mer. Sitôt franchi Ordu, il y a le cap Jason, lieu de passage de Jason et les argonautes selon la mythologie grecque, et justement ce soir là il y avait une conférence d’un historien dans la petite église attenante sur ce sujet. Après la culture du thé, c’est la zone de plantation des noisetiers, en pleine récolte maintenant ; suite à la cueillette les noisettes passent dans une machine accrochée à un tracteur pour séparer les coquilles de leur enveloppe. Ensuite les fruits sont mis à sécher au soleil sur des baches étendues dans les près, ou à même le sol sur les routes ou des parkings.

Les noisettes sont aspiré par un gros tuyau, secouées violemment puis ressortent dans les sacs.

Le cap Jason et son petit phare.

Samsun, Turquie, dimanche 8 septembre 140 jours 9765 km

Retour au bord de la mer

1 mois après avoir quitté la mer noire au détroit de Kertch, je l’ai retrouvé ces jours ci en Géorgie, au Nord de Poti. Depuis le dernier article j’ai sillonné le centre du pays, en passant par Borjomi, Khashuri, Kharagauli et Koutaïssi. Ces régions sont bien moins belles que ce que j’ai vu précédemment, je n’ai donc rien de spécial à raconter. Depuis Khashuri j’ai pris des routes parallèles à la M1 pour éviter le trafic trop important, ce qui m’a conduit sur 50 km de route en cailloux où j’ai traversé de nombreux villages difficiles d’accès. Comme la semaine dernière, j’ai vu des chantiers réalisés par des entreprises chinoises, ici sur la rénovation d’une voie ferrée. Les relations entre ces 2 pays est apparemment fructueuse.

Un jour en fin d’après-midi j’ai été surpris par un orage, et recueilli avec beaucoup de chance par une famille qui connaît bien la France puisqu’ils ont une fille à Rennes. A peine arrivé, ils lui ont téléphoné pour lui dire qu’un voyageur en vélo était chez eux, et elle m’a dit d’emblée que je pouvais rester aussi longtemps que je voulais. Du coup, comme ça se passait bien, je suis resté 2 jours, j’ai cueilli le raisin et j’ai même fait du cheval.

Dans le sud de la Géorgie, il y a des villes et des villages peuplés d’arméniens

Chez Nino et Valera, ils gardent des bufflonnes, le lait est différent du lait de vache.

Les drapeaux européens fleurissent un peu partout, souvent pour signifier une coopération

Les différents climats permettent des cultures variées, ici des bambous et aussi des agrumes au bord de la mer.
Vieille ville de Batumi, tandis que le bord de mer est occupé par des tours futuristes

Mythologie grecque, la statue de Médée présentant la toison d’or. Batumi.

Un lien pour une émission sur la mer noire :

https://www.rri.ro/fr_fr/geopolitique_de_la_mer_noire-2600838#.XVfnAe_XBc8.facebook

Je ne vous ai pas encore parlé de « Keraban le têtu » un livre de Jules Verne, roman qui raconte l’histoire d’un habitant d’Istanbul qui fait le tour de la mer noire. Je l’ai lu il y a longtemps, mais ce n’est pas ça qui m’a décidé à partir.

Fin de l’article à Batumi, 132 jours et 9094 km.

Dans la steppe à 2200 m d’altitude.

Tbilissi étant dans une vallée, ça monte sérieusement en direction de l’ouest, là où je veux aller. Lundi matin je sors de la ville par l’avenue Tsnketi, une banlieue surélevée en passant devant de nombreux immeubles en construction. Après quelques heures de pédalage sous le soleil dans des pentes à 8 %, commencent 3 jours dont je me souviendrai longtemps, tant les paysages sont magnifiques ; rien vu d’aussi beau depuis le Monténégro (en 2015). Passé Manglissi, ça redescend et le lendemain je prend la route 31 qui me mène à la région des 3 lacs. Une première montée à 1400 m, la cuvette de Tsalka, puis 11 km en 2 heures environ pour me retrouver sur un plateau à presque 2200 m d’altitude. Végétation quasi inexistante, densité de population faible, trafic minimum, au loin les sommets rocheux de 3000 m, j’avance joyeux sur une route rénovée récemment. Un vrai bonheur.

Après une nuit au village de Poka, camping dans une maison en construction, je poursuis en légère descente vers Ninotsminda, (pause déjeuner), et Akhalkalaki. Le paysage est le même mais comment se lasser de pareilles merveilles.

Coucher de soleil sur le lac Paravani

Pour terminer la journée, c’est la route 11 et les gorges de la rivière Paravani qui s’offrent à moi.

Étape du soir à proximité de la forteresse de Khervitsi.

Jeudi 22 août. La matinée est consacrée à la visite de Vardzia, c’est un ensemble d’habitats troglodytes depuis le 12 ° siècle. 600 cavernes de différentes tailles se répartissent dans la falaise, certaines naturelles, d’autres creusées par la main de l’homme. C’est un site très connu dans toute la Géorgie, mais sans trop d’affluence, on circule très à l’aise.

Fin de l’article à Akhaltsike, 123 jours de voyage, 8652 km.

Vallée du Pankissi, 8229 km

Après 4 jours de flâneries dans Tbilissi, je suis remonté sur mon vélo en direction de l’est du pays, plus précisément la Kakhétie, principale région viticole. La Kakhétie se compose d’une longue plaine de 200 km environ, enserrée entre le grand Caucase et une chaîne montagneuse de moindre importance. J’ai contourné cette chaîne de montagne en commençant par le sud, ce qui m’a amené à Sighnaghi, où j’ai atteins là le point le plus à l’est de mon voyage ; à partir de maintenant je peux considérer que je suis sur la route du retour. Ensuite je suis allé vers le fond de la plaine pour passer une nuit dans la vallée du Pankissi, dans un minuscule camping à 5 kilometres après le dernier village, ces 5 km sur un chemin de pierre. Baignade rapide dans la rivière Alazani en guise de douche, et je m’endors au son du torrent tout proche.

La boucle en Kakhétie fait 320 km

Depuis cette semaine je sens la fatigue physique, qui se traduit par de longues nuits de sommeil et une douleur aux tendons d’un mollet. Un arrêt dans une pharmacie pour une pommade antidouleur (voltarene), m’a permis de voir une pratique inconnue chez nous ; la pharmacienne a servi aux clients précédents le nombre exact de cachets en découpant les plaquettes de médicaments. Puis juste après, encore une nouveauté, une banque ambulante sur la place du village ; un minibus sillonne les campagnes reculées avec à son bord des guichetiers équipés d’ordinateurs portables où les clients viennent effectuer leurs opérations.

Les fortifications de Sighnaghi. J’étais à 30 km de l’Azerbaïdjan.

Depuis la plaine de Kakhétie on admire le grand Caucase

L’entrée de la vallée du Pankissi

Le musée de Telavi dans l’enceinte du château

Depuis Telavi, un peu moins de 100 km me séparent de Tbilissi. Les 25 premiers sont en montée à 7 / 8 %, pour accéder au col de Gombori, puis une très belle route de moyenne montagne me mène à la capitale. Je retrouve les hôtes de la semaine dernière pour mon jour de repos hebdomadaire.

La passe de Darial

Tbilissi, Géorgie jeudi 8 août 7978 km

Aujourd’hui on va faire un peu de géographie. Le grand Caucase, que je viens de franchir, est une chaîne de montagne d’environ 1200 km entre la mer Caspienne et la mer Noire. Aux extrémités, le relief prend rapidement de la hauteur pour dépasser les 5000 mètres pour les plus hauts sommets. La seule brèche dans cette crête, c’est donc la passe de Darial, à 1400 m d’altitude, entre la Russie et la Géorgie. J’ai quitté Vladikavkaz en fin de matinée, après un tour en ville où j’ai rencontré un couple de russes qui apprend le français, car lui travaille en ce moment à Londres pour une banque américaine qui va bientôt se déplacer à Paris à cause du Brexit. La route A 161 est très agréable en vélo, peu de circulation et un très faible dénivelé le long de la rivière Terek. Quelques hameaux jalonnent les 40 km menant à la frontière, tandis que sur les côtés les collines s’élèvent pour devenir montagnes. Au bout des 3 km de file d’attente des camions Le poste de douane russe se trouve à l’entrée de ce fameux passage, où la rivière et la route prennent place au pied de parois rocheuses verticales de plusieurs centaines de mètres de hauteur. La couleur foncée de la pierre renforce l’impression d’étouffement de ce passage comme fendu à la hache. (Je ne peux pas vous montrer de photos, comme toutes les douanes, c’est interdit de s’arrêter dans le no-mans-land et interdit de photographier) La montée progressive se poursuit jusqu’au poste de douane géorgien, scannage du passeport et 15 secondes plus tard j’ai un joli tampon vert d’entrée dans le 11 ° pays de mon voyage.

A la sortie de Vladikavkaz, j’ai dépanné un jeune russe de Moscou en panne de câble de dérailleur sur son vélo. Il a une semaine de vacances et vient rouler un peu en Géorgie, on a passé 2 jours ensemble. Nous voilà donc sur la « route militaire impériale », c’est ainsi qu’on nomme les 200 km de Vladikavkaz à Tbilissi depuis le 19° siècle et l’annexion de la Géorgie par la Russie. Camping sauvage au bord de la rivière Tergi, la même que de l’autre côté de la frontière mais qui a changé de nom. Nous sommes au pied du Mont Kazbeg, que l’on ne verra pas à cause du brouillard, pas plus que le lendemain. On commence par faire du feu pour nous réchauffer des 11°. Le village de Stephantsminda où on a dormi, est le lieu de départ de nombreuses excursions et randonnées sur le Kazbeg. Les nuages sont trop bas, aucune visibilité, ce sera pour une autre fois. Un peu plus loin, 6 km de montée nous attendent pour gravir le col de la croix, à 2395 m. Ça fait à peu près 1000 m de dénivelé depuis la frontière. La descente se fait avec gants et coupe-vent, en partie dans le brouillard.

Grâce à Michel, un copain de l’ OVR, j’ai fait la connaissance d’une famille de Tbilissi qui vit en France, à Mulhouse. C’est ainsi que je me retrouve hébergé chez l’habitant au coeur de la capitale, au 16 ° étage, pour quelques jours de repos/visite.