Je viens de m’apercevoir que des photos n’ont pas été téléchargées dans le précédent article. Alors je vais faire un rapide compte-rendu de la semaine et des 2 grandes villes vues au passage.

A coté du pont routier, il y aura une voie ferrée

Quelques images de la principale ville, SIMFEROPOL, et aussi la capitale de la région autonome de Crimée.

Deuxième exposition « Dali », pour ce voyage, la première c’était en Croatie.

Avançons un peu et on se retrouve à la pointe sud-ouest, où jusqu’à maintenant ce nom n’évoquait pour moi qu’un boulevard parisien, il s’agit de Sébastopol. Elle a pris forme devant moi, depuis le sommet d’une des collines qui l’entourent. Pour arriver ici depuis l’autre extrémité, j’ai emprunté l’itinéraire principal, P260, en travaux d’élargissement presque sur toute sa longueur, j’ai roulé sur la portion déjà goudronnée mais pas encore mise en service, avec vue sur les montagnes qui bordent la côte sud. Je verrai l’autre versant la semaine prochaine.

Au marché, ce chat fait la sieste sur l’étal des serviettes de bain.

La sortie de la baie de Sébastopol, avec la mer noire au second plan.
Comme Lisbonne, Sébastopol est construite sur plusieurs collines , et entre les grands axes il y a des endroits au calme.

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Bienvenue en Crimée

Dimanche 14 juillet 6116 km

Un peu moins de 600 km cette semaine, toujours vers le sud afin d’atteindre la péninsule de Crimée. Mais si la première semaine en Russie j’ai roulé dans des zones dépeuplées comme Sylvain Tesson lors de sa traversée de la France à pied, racontée dans son livre, « sur les chemins noirs », ces jours ci ça ressemblait plutôt à un autre récit du même écrivain, « Bérézina », quand il est revenu de Moscou à Paris en side-car de la marque russe Oural, sur des routes au trafic chargé dans un bruit assourdissant. Il faut imaginer la nationale 7 chez nous lors des jours de départ en vacances.

je Venais du haut de la carte et je suis au bout du trait vert en bas à gauche

certaines Petites villes russes sont charmantes

Pas encore en Crimée mais déjà de la vigne

En parallèle il y a un pont ferroviaire

Après Rostov sur le Don je suis passé à Azov, mais je n’ai pas longé la mer car les villages côtiers ne sont pas tous reliés entre eux, il aurait fallu revenir à chaque fois sur la route principale. Par moment les routes sont calmes, j’en profite pour consulter l’alphabet russe que j’ai écrit sur un papier fixé à mon guidon, je peux ainsi lire les panneaux sans regarder la carte. En ce qui concerne l’hébergement, j’ai eu chaque soir de la chance ; je cible les immenses fermes où il y a toujours un ou plusieurs gardiens qui m’autorisent à dormir dans les bâtiments, même pas besoin de planter la tente. Un soir, je m’arrête faire quelques achats, les gérants du magasin, des arméniens installés ici depuis 1989 à qui je raconte mon voyage me proposent la réserve pour passer la nuit, et finalement au moment de fermer ils m’emmènent dans leur maison en me proposant une douche et une chambre. Jeudi après-midi j »etais à Timashevk sur une grande place, le maire est venu avec 3 adjoints discuté avec moi, et il a appelé le centre sportif municipal où j’ai passé la nuit. Puis hier, c’était mal parti, 20h00 et je ne savais toujours pas où dormir, un monsieur bricolait devant chez lui sur sa voiture, je lui explique par geste de quoi j’ai besoin, sa femme téléphone à quelqu’un qui parle anglais, on va voir une autre dame un peu plus loin qui parle anglais aussi, et comme personne n’a trouvé un endroit pour camper, j’ai dormi dans leur luxueuse maison avec repas et petit déjeuner bien sûr.Et en ce jour de 14 juillet, alors que Brassens reste dans son lit douillet, moi je passe en Crimée. Maintenant 2 solutions sont possibles pour y aller, le ferry comme avant ou depuis mai 2018 un pont autoroutier de 17 km traverse le détroit de Kertch. C’est cette seconde option que j’ai choisi, au retour je pense prendre le bateau. J’ai passé une heure vraiment exaltante en franchissant le détroit, à contempler la mer d’Azov à droite et la mer noire à gauche. Je quitte la côte en direction du centre, pour être à Simferopol, la ville principale, en 2 jours. La route est en plein travaux, j’ai même roulé sur la partie en chantier, à l’abri de la circulation.

Comme aimanté par la Russie

Lundi 8 juillet, Rostov sur le Don 5538 km

Lundi dernier après avoir posté l’avant-dernier article, je me suis arrêté à Markivka, proche de la frontière. Tout en me rafraîchissant et en discutant avec un autochtone, celui-ci m’informe que le poste frontière distant de 50 km, et que je pensais atteindre le lendemain, est réservé au passage de la population locale. Sur ce, des policiers arrivent et me confirment l’information ; c’est fort probable car il se trouve à proximité de la zone séparatiste du Donbass. Suivant leur conseil, j’opte donc pour le point de passage à peine plus au Nord, et moins de 2 heures après je suis devant la barrière. En pleine campagne une dizaine de voitures ukrainiennes patientent sous le soleil, au premier filtrage ; comme à chaque arrêt depuis le début, je déplie la carte d’Europe où j’ai tracé mon parcours et je montre la suite, ce qui suscite chez mes interlocuteurs la stupéfaction. Les bras en l’air en secouant la tête, d’un air de dire, « mais tu es fou » . On parle un peu et je leur explique que je suis déjà venu en 2017 en Ukraine, dans l’ouest du pays.

Un court no man’s land sépare les 2 douanes, et nouveau filtrage à l’entrée en Russie où il faut remplir une fiche reprenant les coordonnées du passeport et du Visa, ainsi qu’une ville de destination en Russie. Contrôle succinct des sacoches, (depuis des années que je voyage c’est la première fois que ça m’arrive) les formalités auront pris une heure environ. 5075 km parcourus et me voilà à Kantemirovka, 1 heure après la frontière. Après 3 semaines en Ukraine j’avais oublié ce qu’était une route en bon état, ça vous paraît futile mais comme c’est agréable de rouler sur du macadam bien lisse. Une promenade le soir en ville et le lendemain au marché me prouvent que je suis maintenant dans un pays au niveau de vie nettement supérieur.

Cap au sud maintenant, pour retrouver la mer d’Azov, puis la mer noire. D’ici pour moi il n’y a qu’une option possible, ce sont les chemins de champs, entre la frontière ukrainienne et l’autoroute M14. (Pierre B si tu me lis c’est pour toi, je me suis approché de l’autoroute mais c’est vraiment pas possible, la circulation est trop dense, c’est l’itinéraire qui relie Moscou à Rostov et la Crimée). Alors je sillonne la campagne et ses hameaux, et comme en Ukraine je provoque la curiosité des habitants qui viennent spontanément me questionner et faire une photo avec moi. L’échange se termine invariablement par « davai, davai », une formule de politesse pour dire, allez, vas-y. Après une semaine en Russie, je prends ici à Rostov sur le Don, 2 jours de repos puisque j’ai enchaîné 3 semaines sans relâche.

Le Don prend sa source à 1950 km d’ici, et n’est pas navigable toute l’année à cause du gel.
Le début de la rue Pouchkine, longue de 3, 5 km

Province de Lougansk, extrémité est de l’Ukraine

Lundi 1° juillet 4988 km

Après réflexion et étude de la suite du parcours, c’est finalement en vélo que j’ai traversé l’Ukraine et je ne regrette pas. Le fait de ne pas pouvoir entrer en Crimée depuis ici m’avait un peu chagriné vendredi dernier, alors sur le coup je voulais sortir d’Ukraine en prenant le train. Mais j’ai bien fait de rester, ce pays est vraiment super en vélo, et je viens de passer 11 jours formidables. Depuis le dernier article je me suis éloigné du bord de mer pour avancer vers le Nord Est dans la campagne et j’ai fait 950 km. Au début de la semaine dernière j’étais encore dans les plaines du sud, aux routes plates et rectilignes sur des dizaines de kilomètres parfois ; c’était presque monotone, avec comme horizon des champs de blé et de tournesol à perte de vue. Puis petit à petit les collines sont apparues, maintenant je roule dans des paysages semblables au Sundgau (c’est le sud de l’Alsace pour ceux qui ne connaissent pas). A part pour la traversée des villes, sinon j’ai trouvé un réseau assez dense de routes secondaires idéales pour moi, mais dans un état désastreux la plupart du temps. Le goudron a disparu pour laisser la place à des cailloux ou de la terre, les camions ou le vent me couvraient de poussière en passant. J’ai roulé dans les régions de Melitopol, Zaporojie, Dniepropetrovsk et Louhansk, presque toujours en zone rurale, là où les habitants ne voient jamais de touristes, si bien que plusieurs fois par jour je me faisais prendre en photo par des gens curieux, d’autant plus quand je racontais le voyage en entier. Pour trouver où dormir, à part un soir où j’ai mis 1 heure à demander à droite et à gauche un lieu de camping, j’ai planté la tente dans une ferme, une cour d’école et les autres soirs carrément à la maison dans un bon lit.

Mon trajet depuis 10 jours
Capture d’écran du site de l’ambassade de France indiquant la zone à éviter

Panneau d’entrée de ville

Rebondissement et changement de programme

Vendredi 21 juin

J’espérais vous écrire depuis un tout autre endroit, mais voilà, je ne contrôle pas la situation. Arrivé en fin de matinée près de la barrière pour sortir d’Ukraine et accéder à la Crimée, le militaire chargé de contrôler le passage m’informe qu’il faut absolument une autorisation du service des migrations de l’Ukraine. Il me donne l’adresse à Kherson et je comprends qu’il n’ y a pas moyen de négocier. Pour rappel, ce point de contrôle n’est pas une frontière, puisque l’Ukraine revendique encore la souveraineté sur la Crimée et en limite l’accès strictement ( il y a 11 motifs pour prétendre obtenir cette autorisation, mais bien sûr aucun pour des raisons touristiques). Retour 2 heures plus tard dans la famille qui m’a accueilli hier, le monsieur m’emmène à la police locale où je reçois toutes les explications. Un peu déçu, je voulais néanmoins essayer pour avoir la certitude que le passage est impossible. J’ai réfléchi et je vais prendre un train pour l’est de l’ Ukraine. Je ne sais vraiment pas ce que me réserve la suite, en écoutant la radio j’apprends qu’il y a des émeutes en Géorgie, où je serai dans 1 mois environ.

Retour imprévu a Kherson

Mardi 18 juin 3890 km

Route plate, beau temps, je fais 100 km pour aller me baigner dans la mer. Petite station balnéaire aux environs de Skadovs’k, l’eau est excellente et ce soir c’est le remous des vagues que j’entends en mangeant puis qui m’endormira un peu plus tard. En inspectant le vélo, je remarque une légère anomalie dans le pédalier, et depuis quelques jours je sens des vibrations anormales dans la transmission, largement de quoi m’inquiéter avec tous les km restant. Il faut que je trouve un réparateur de vélo demain.

Ça me rappelle les Landes

Clair de lune sur la mer noire

Mercredi 19 juin

La décision est prise, je retourne à Kherson, pas d’autre solution pour me dépanner. Même chemin qu’hier, avec 3 degrés de plus et pas de vent, j’ai roulé sous 40 ° C sans mes pauses habituelles pour arriver avant la fermeture. A l’entrée de la ville le magasin est ouvert et le type s’occupe de mon problème immédiatement. En fin de compte c’était une usure de la chaîne qui provoquait ces vibrations, le roulement de pédalier a un jeu insignifiant sans gravité. En repartant, tous les bruits anormaux ont disparus, je suis rassuré pour la suite.

Un des employés du magasin de vélo est aussi un voyageur, j’ai vu son Surly , mais ils étaient en admiration devant le mien.

Jeudi 20 juin

Reprise de la route vers le sud-est, cette fois je repasse le Dniepr pour de bon. Pendant la pause de midi je lis mes mails, et j’ai la réponse du consulat quant au passage de la prochaine frontière. C’est OUI, je vais pouvoir passer par la Crimée. Mais alors que j’avais fait un long mail en expliquant dans le détail mon voyage, le numéro de visa et les villes par lesquelles je souhaitais entrer et sortir de leur pays, je reçois une réponse ultra courte de 3 mots : «  bonjour, oui, cordialement « . Quel soulagement, 3 jours d’attente pour 3 mots mais qui ont une grande importance pour moi. Je n’ai quand même pas sauté de joie, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver à un passage de douane, mais j’ai roulé le reste de l’ après-midi l’ esprit tranquille suite à cetre nouvelle. Dernier jour en Ukraine et je croyais quitter le pays sans avoir été chez l’habitant. Comme d’habitude je fais des provisions de nourriture et d’eau pour le soir, et je me mets à la recherche d’un endroit propice. Les uns me montrent un parc, les policiers me suggèrent un camping à 20 km, (trop loin à 7h00 du soir), je demande encore à un groupe de dames occupées à nettoyer le monument du village et c’est des promeneurs qui entendent notre conversation qui me viennent en aide. Le monsieur pousse sa femme en fauteuil roulant et me fait signe de les suivre ; pendant les quelques minutes du trajet, la dame pianote sur son portable et lorsqu’elle me le tend, la phrase suivante apparaît sur Google translate : voulez vous dormir chez nous ? La réponse fuse immédiatement et une fois de plus ça se passe bien.

Le Kvas, est une boisson fermentée a base de pain de seigle, on la trouve dans tout le monde slave et même en Asie centrale. Légèrement pétillante et très rafraîchissante elle est vendue en boutique ou par des marchands ambulants comme ici.

Suspense, suspense!!!

Lundi 17 juin, 58 jours 3788 km

Kherson, en Ukraine, à l’embouchure du Dniepr.

Il m’a fallu 4 jours pour venir depuis Odessa, ça commençait par une belle route (la M 14), mais j’en avais marre du trafic important alors j’ai bifurqué sur des chemins de terre, entre de la vigne et du blé, pendant presque tout le samedi après-midi. Ça ne roule pas vite et j’ étais couvert de poussière ainsi que le vélo. Lors d’un arrêt dans un poste de police pour un renseignement sur ma route du jour, on parle aussi de la suite du parcours et les agents, tous étonnés que je veuille aller à l’ est de l’ Ukraine me disent d’emblée : mais pourquoi tu ne passes pas par la Crimée ? D’après les maigres informations glanées avant le départ, je semblais persuadé que le passage d’ Ukraine vers la péninsule était interdit depuis plusieurs années.

J’ avais donc élaboré un plan B pour entrer en Russie bien plus a I’ Est. Du coup, dimanche depuis Mykolaïv j’ai envoyé un mail au consulat russe de Strasbourg pour m’assurer du passage possible ; j’espère fortement une réponse positive, ça me raccourcirait le trajet de 2 semaines environ. Aujourd’hui à Kherson, j’ai à nouveau posé la question à des policiers qui m’ont confirmé la mise en place d’une frontière à l’ entrée de la Crimée redevenue territoire russe.

Le fleuve Dniepr et au second plan la ville de Kherson

L’ autre jour à Mykolaïv, à l’ auberge de jeunesse il y avait un autre voyageur à vélo ; comme je suis physionomiste je l’ai reconnu tout de suite, c’est un espagnol déjà rencontré il y a 2 ans en Ukraine également. Il est retraité, et voyage depuis 5 ans maintenant, quand je l’ai vu en 2017 il avait traversé l’Europe d’Espagne en Grèce puis au cap Nord, et il a fait un aller-retour jusqu’à la frontière chinoise ces 2 dernières années. Comme il n’a pas pu entrer en Chine, il est revenu et prévoit maintenant d’aller au proche Orient, et de traverser d’Afrique pour la suite. Je lui ai dit que la prochaine fois qu’on se verra, j’espère avoir appris l’espagnol.